Dans un monde où le travail évolue constamment, le statut de travailleur indépendant séduit de plus en plus par sa promesse de liberté et d’autonomie. Mais qu’implique réellement ce choix de carrière ? Entre les nuances de terminologie – freelance, auto-entrepreneur, travailleur non salarié – et les décisions stratégiques concernant la structure juridique, la gestion fiscale et la protection sociale, le parcours du travailleur indépendant est loin d’être linéaire.

Ce guide complet explore les avantages attrayants du statut d’indépendant, tels que la flexibilité et l’autonomie, tout en mettant en lumière les défis uniques auxquels ces professionnels doivent faire face : l’insécurité financière, la gestion complète de leur activité et la nécessité d’une discipline rigoureuse. Nous aborderons également les étapes cruciales pour se lancer, de l’élaboration d’un business plan à la sélection de la structure juridique la plus adaptée, en passant par les démarches administratives essentielles.

Qu’est-ce qu’un travailleur indépendant ? Définition

Un travailleur indépendant est une personne qui exerce une activité professionnelle de manière autonome, sans être lié par un contrat de travail à un employeur. Contrairement à un employé salarié, le travailleur indépendant travaille pour son propre compte et est responsable de la gestion de son activité, de la recherche de clients, de la fixation de ses tarifs, et de la réalisation de ses missions.

Travailleur indépendant, freelance ou auto-entrepreneur ? Quelques éléments de sémantique s’imposent…

Les termes travailleurs indépendant et freelance renvoient à un même concept et désignent de façon générique un travailleur non salarié. L’appellation « freelance » est un anglicisme très largement répandu aujourd’hui et qui désigne un travailleur indépendant. S’agissant du terme auto-entrepreneur, il fait référence à un régime simplifié de travailleur indépendant, à ne pas confondre donc avec l’appellation freelance.

Le statut de travailleur indépendant : des avantages attrayants mais aussi des défis

Premier avantage phare, le statut de travailleur indépendant offre une grande flexibilité dans la gestion du temps de travail. En effet, les travailleurs indépendants sont libres de définir leurs propres horaires de travail en fonction de leurs préférences et des besoins de leurs clients.

Parallèlement à ce premier avantage, les travailleurs indépendants disposent d’une autonomie totale dans l’organisation de leur travail. Ils sont seuls maîtres de leurs décisions, ce qui peut favoriser un sentiment d’accomplissement et de responsabilités.

En tant que travailleurs indépendants, les individus ont un plus grand contrôle de leur carrière. Ils peuvent choisir les projets sur lesquels ils veulent travailler, fixer leurs tarifs et définir la direction de leur activité.

Autre atout du statut de travailleur indépendant : la possibilité de travailler sur une variété de projets et de missions, ce qui peut rendre leur travail plus diversifié et stimulant.

Mais aussi des défis à relever…

En contrepartie de cette liberté, le travailleur indépendant doit faire face à de nombreux défis et responsabilités en raison notamment de l’incertitude inhérente à ce mode de travail.

Contrairement aux employés salariés, les travailleurs indépendants n’ont pas la garantie d’un emploi à long terme. C’est la raison pour laquelle ils doivent toujours être prêts à trouver de nouveaux clients et maintenir un flux constant de travail.

Les travailleurs indépendants doivent être polyvalents, maîtrisant à la fois leur domaine d’expertise et des compétences entrepreneuriales telles que la relation commerciale mais aussi la gestion, le marketing et la négociation. Ils doivent constamment adapter leurs compétences aux besoins du marché pour rester compétitifs.

Les travailleurs indépendants peuvent faire face à des fluctuations dans leurs revenus, en particulier lorsqu’ils commencent leur activité. Ils doivent être prêts à gérer des périodes où les projets sont rares ou les paiements retardés.

Dans le prolongement de cette idée, les travailleurs indépendants peuvent être soumis à des niveaux de stress plus élevés en raison de l’incertitude financière, de la pression pour obtenir de nouveaux contrats, et de la gestion de tous les aspects de leur entreprise.

Bien que la flexibilité soit un avantage, elle peut également représenter un défi. Les travailleurs indépendants doivent être disciplinés dans la gestion de leur temps pour assurer la réalisation efficace de leurs missions.

Aussi, travailler de manière indépendante peut parfois conduire à l’isolement professionnel, notamment si le travailleur indépendant n’a pas d’équipe ou de collègues avec lesquels interagir régulièrement.

Enfin, le travailleur indépendant est responsable de la gestion financière de son activité, y compris la facturation, la comptabilité, le suivi des paiements et le respect des échéances fiscales et sociales. Les travailleurs indépendants doivent se conformer à la fois aux obligations légales et fiscales, et au respect des réglementations spécifiques à leur activité.

La réussite en tant que travailleur indépendant repose souvent sur la capacité à relever ces défis avec efficacité.

Comment devenir travailleur indépendant ? Les démarches

Avant de se lancer en tant que travailleur indépendant, il convient d’identifier les étapes clés pour démarrer son activité.

L’élaboration d’un business plan

Au préalable, il est indispensable de définir précisément la nature et le périmètre de l’activité souhaitée, déterminer le panel de services à offrir et identifier le marché cible.

Cette première étape devra être suivie d’une étude de marché pour évaluer la demande, identifier les concurrents potentiels et déterminer un positionnement sur ce marché.

Une fois cette analyse achevée, le travailleur indépendant élabore un plan d’affaires qui comprend ses objectifs, sa stratégie marketing, ses prévisions financières, et d’autres aspects clés de son entreprise.

Le choix de la structure juridique

Ces différents aspects économiques vont permettre d’orienter le travailleur indépendant dans une décision cruciale pour la bonne réussite de son projet : le choix de la structure juridique la plus appropriée.

Les formalités administratives et l’immatriculation

Une fois ce choix stratégique effectué, le travailleur indépendant débute les formalités administratives de création auprès des autorités compétentes.

Cela consiste, notamment, à l’obtention du numéro SIRET, à la rédaction des actes juridiques, à l’immatriculation de l’entreprise auprès du registre du commerce et des sociétés, et à l’enregistrement auprès de l’administration fiscale.

Il est également nécessaire de souscrire à une assurance responsabilité civile, indispensable pour se protéger en cas de litiges ou de dommages liés à l’activité.

Ensuite, l’ouverture d’un compte bancaire professionnel, distinct du compte personnel, permet la gestion financière de l’activité. Enfin, la mise en place d’un système de facturation et la tenue d’une comptabilité rigoureuse constituent la dernière étape de ce process de création.

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Choix de la structure juridique et implications

Trois principales options s’offrent au travailleur indépendant quant au choix de la structure juridique :

  • La micro-entreprise
  • L’entreprise individuelle
  • Ou la société (EURL, SASU)

Chacune de ces options possède des avantages et des limites propres qui doivent être appréhendées en fonction des besoins spécifiques de chaque entrepreneur.

Du fait de la complexité des éléments à prendre en compte, il est fortement recommandé d’être accompagné par un spécialiste dans ce choix déterminant.

La micro-entreprise :

Avantages :

Le statut de micro-entreprise est sans nul doute la structure juridique la moins contraignante administrativement, les formalités d’immatriculation et la gestion comptable étant simplifiées par rapport à d’autres choix de structures.

De plus, l’entrepreneur peut être dispensé de TVA jusqu’à un certain seuil de chiffre d’affaires (cet avantage n’est pas propre à la micro entreprise). Enfin, en tant que micro-entrepreneur, il est possible de bénéficier d’une fiscalité allégée, avec une option possible pour le prélèvement libératoire de l’impôt sur le revenu avec un taux forfaitaire.

Limites :

En contrepartie de cette simplicité de fonctionnement, le statut de micro-entrepreneur n’est accessible qu’aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires ne dépassant par un certain seuil (le plafond dépendant de la nature de l’activité).

Également, il est à noter que la dispense de TVA peut constituer un inconvénient dans le cas où l’entreprise présenterait des charges importantes éligibles à la TVA déductible.

Entreprise Individuelle :

Avantages :

L’entreprise individuelle est généralement choisie lorsque l’activité génère un chiffre d’affaires supérieur au seuil de la micro-entreprise, qui n’est alors plus une option.

En comparaison avec la société, l’entreprise individuelle offre également des démarches administratives simplifiées, ainsi qu’une fiscalité potentiellement plus allégée.

Limites :

En revanche, les possibilités d’optimisation notamment en termes de fiscalité peuvent être limitées par rapport aux sociétés.

Société (EURL ou SASU) :

Avantages :

Le choix d’une structure juridique de type société (EURL ou SASU), ouvre un certain nombre de possibilités. D’une part, l’accès au financement est facilité et, d’autre part, une optimisation des bénéfices réalisés est envisageable du fait des différentes options fiscales possibles.

Également, la responsabilité de l’entrepreneur est limitée aux apports, ce qui protège le patrimoine personnel.

Limites :

À l’inverse de l’entreprise individuelle, la création et la gestion d’une société (EURL ou SASU) impliquent des formalités administratives plus lourdes (frais plus importants et activité chronophage).

Régime social et protection du travailleur indépendant :

Le régime social du travailleur indépendant dépend du choix de la structure juridique. Le choix de la forme juridique a donc également un impact au niveau des cotisations sociales et de la protection sociale dont relève le travailleur indépendant.

Il existe deux types de régime social : le travailleur non salarié et le travailleur assimilé salarié.

Le salarié est lié à la société par un contrat de travail et relève du Code du travail, tandis que le dirigeant assimilé salarié est lié à la société par un mandat social.

La législation du travail ne s’applique pas réellement au dirigeant assimilé salarié : Aucun congés payés, ni paiement d’heures supplémentaires ne figureront sur la fiche de paie.

De plus, le dirigeant assimilé salarié ne cotise pas au titre de l’assurance chômage de Pôle Emploi.

Comment se rémunère un travailleur indépendant ?

Le dirigeant assimilé salarié doit établir des fiches de paie pour se rémunérer et bénéficie, lors du calcul du revenu imposable, comme tout salarié, d’un abattement forfaitaire de 10% ou de la déduction des frais réels. Le principal inconvénient du statut dassimilé salarié est son coût pour l’entreprise. En effet, les cotisations sociales sont conséquentes et bien plus importantes que celles d’un dirigeant travailleur non salarié.

Également, les déclarations administratives sont plus lourdes puisqu’il faut établir des bulletins de paie, télétransmettre des déclarations sociales nominatives mensuelles (DSN) et télédéclarer les charges sociales (de façon mensuelle ou trimestrielle).

Le statut de travailleurs non salariés fonctionne de manière flexible et très simple puisque le dirigeant n’utilisera pas de bulletins de paie. Ces derniers sont soumis à des obligations fiscales propres à leur statut, telles que le paiement de cotisations sociales et la déclaration de leurs revenus professionnels.

Sécurité sociale des indépendants et assurances complémentaires

Les dirigeants qui relèvent du régime « assimilé salarié » bénéficient de la même protection sociale que les salariés (régime général de la sécurité sociale) pour ce qui est de la protection santé, de la prévoyance et de la retraite, à l’exception de l’assurance chômage de Pôle Emploi.

Le grand avantage du régime des assimilés salariés réside dans la protection de son bénéficiaire, plus étendue que pour le régime travailleur non salarié.

Ce statut permet notamment de bénéficier des prestations quasiment identiques à celles des salariés en ce qui concerne les droits à la santé, à la prévoyance et à la retraite. Le statut des travailleurs non salarié est moins protecteur, en contrepartie d’un coût inférieur.

Les travailleurs non salariés sont responsables de leur propre protection sociale. De ce fait, ce statut de travailleur non salarié permet de mettre en place une couverture complémentaire « à la carte », dans la mesure où il sera possible de souscrire divers contrats d’assurance, dont les contrats Madelin, notamment pour la retraite complémentaire ou la prévoyance complémentaire.

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Comprendre le régime fiscal du travailleur indépendant ?

Le régime micro-fiscal et versement libératoire

Le régime micro-fiscal est un régime d’imposition simplifié destiné principalement aux petites entreprises et travailleurs indépendants. Il permet de simplifier les obligations comptables et fiscales par rapport au régime réel.

Le régime micro-fiscal concerne principalement deux catégories d’entrepreneurs : la micro-entreprise et le régime micro-BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux) ou micro-BNC (Bénéfices Non Commerciaux). Le régime micro-fiscal est généralement réservé aux entreprises dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas un seuil déterminé par l’administration fiscale.

Les entreprises bénéficiant du régime micro-social peuvent opter pour le versement libératoire et bénéficier d’un forfait fiscal qui représente un pourcentage du chiffre d’affaires. Ce pourcentage varie en fonction de la nature de l’activité. L’impôt est calculé de manière forfaitaire en appliquant un pourcentage au chiffre d’affaires réalisé.

Les seuils de TVA et le choix entre impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés

Les seuils de TVA, calculés sur le chiffre d’affaires, jouent un rôle déterminant dans la gestion fiscale de l’activité du travailleur indépendant. Il est donc indispensable pour l’entrepreneur de suivre avec attention l’évolution de son chiffre d’affaires (réalisé et prévisionnel) afin d’anticiper au mieux le passage ou non d’un seuil de TVA. Les effets d’un dépassement peuvent être multiples et doivent être minutieusement analysés par le travailleur indépendant.

À noter également, que le seuil dépend du type d’activité exercée.

Pour les exercices 2023, 2024 et 2025, les deux principaux seuils sont :

  • 91 900€ de chiffre d’affaires pour une activité de ventes de marchandises
  • 36 800€ de chiffre d’affaires pour une activité de prestations de services

Le choix d’une imposition à l’impôt sur le revenu (IR) ou à l’impôt sur les sociétés (IS) est également primordial dans l’optique d’optimiser la charge fiscale pesant sur l’entreprise. Toutefois, ce choix peut s’avérer difficile car il nécessite une bonne prévision des revenus futurs tant sur l’activité de l’entreprise que sur les revenus du foyer fiscal du travailleur indépendant.

Conclusion

Se lancer en tant que travailleur indépendant est une belle aventure avec de nombreux avantages attrayants mais elle nécessite souvent de savoir faire face à un certain nombre de défis.

Le principal enjeu consiste à bien définir son projet professionnel et mesurer les différents enjeux et les conséquences qui peuvent découler de chaque choix. Il peut être judicieux de se faire accompagner pour cerner au mieux ses différents besoins et permettre une prise de décision éclairée avec tous les éléments dont peut avoir besoin le travailleur indépendant.

La réussite d’un tel projet repose souvent sur la prise de décisions stratégiques tant au niveau économique que juridique, fiscal ou social, ainsi que sur la capacité du travailleur indépendant à relever les nombreux défis qui lui feront face, seul ou accompagné.

Rédacteur : Romane Guillot